Gestion de l'eau

Marché

Maturité

Économies de CO2

Coûts

TECHNOLOGIE

Avec le réchauffement climatique, l’eau est une ressource qui devient de plus en plus rare et précieuse. En effet, le niveau des sources d’eau dans notre pays affichent globalement une tendance à la baisse, un mouvement qui est amplifié lors des périodes de sécheresses que connait régulièrement notre pays en été. Preuve de ce problème, la Confédération a récemment étudié des solutions en cas de situations de pénurie grave d’eau. Ainsi, il devient primordial d’équiper nos bâtiments avec les infrastructures nécessaires pour (i) récupérer l’eau de pluie, (ii) réutiliser l’eau grise, (iii) favoriser l’infiltration des eaux et (iv) diminuer la consommation d’eau des bâtiments.

 

En Suisse, on estime qu’il est possible de récupérer entre 600 et 1’000 litres d’eau par m2 de toiture, en fonction des moyennes annuelles des précipitations sur chaque commune et du type de toiture (10% de pertes doivent être déduites pour un toit en tuiles, 20% pour un toit ondulé et 40% pour un toit plat). Lorsque l’on sait que les ménages suisses consomment en moyenne 150 litres d’eau par personne et par jour, une toiture d’environ 100m2 pourrait donc permettre de couvrir la majeure partie des besoins annuels en eau d’un ménage. Les solutions mises en œuvre pour ce faire peuvent être plus ou moins sophistiquées en fonction des usages visés. La plus simple consiste en une dérivation de l’eau d’une gouttière vers un stockage extérieur. L’eau est alors uniquement utilisée comme ressource d’appoint pour un usage saisonnier, généralement d’arrosage. Plus complexe, une installation complète est elle également destinée à assurer les usages à l’intérieur. Elle comprend donc une cuve enterrée ou située à l’intérieur d’un local technique et nécessite des dispositifs d’épuration et de filtration complémentaires.

 

Les eaux grises, qui représentent les eaux de douches, de bains et de lavabos, représentent environ deux tiers de la consommation quotidienne d’un ménage. Dès lors, la récupération et le recyclage de cette eau pour être utilisée à d’autres fins est primordial afin de limiter au maximum la consommation d’eau de nos bâtiments.

 

La méthode la plus commune consiste à réutiliser l’eau grise une seconde fois dans le cadre d’un autre usage, comme pour les toilettes ou pour l’arrosage des espaces verts. Pour ce faire, les installations sanitaires doivent être équipées de deux réseaux d’évacuation: un réseau pour les eaux noires dirigé vers le système d’assainissement, et un autre destiné aux eaux grises, dirigé vers un réservoir spécifique. Lors de l’étape de recyclage de l’eau grise, deux types de traitements peuvent être appliqués. Celui de base consiste généralement en une élimination des particules et un traitement biologique de l’eau. L’eau ainsi traitée n’est autorisée que pour les activités n’impliquant aucun contact avec l’être humain (par exemple l’eau des toilettes et pour l’arrosage). Le traitement avancé a pour objectif de préparer les eaux grises à une réutilisation dans un domaine d’activités plus vaste, comme pour le lave-linge. Il implique donc une élimination aussi complète que possible des matières organiques afin de garantir une certaine qualité de l’eau. Ce traitement consiste généralement en une succession de processus, comme la séparation des particules, le traitement biologique, la filtration membranaire ou encore la désinfection (aux rayons ultraviolets ou au chlore, par exemple).

Avec l’urbanisation constante - 1m2 par seconde est bétonné en Suisse - l’eau de pluie ne parvient plus à pénétrer les sols pour alimenter les nappes phréatiques et s’écoule le long de surfaces imperméables comme les routes, les parkings, et les trottoirs. Le milieu naturel en souffre, tandis que l’approvisionnement en eau potable se trouve menacé. En vertu de la Loi fédérale sur la protection des eaux (LNaux), les eaux pluviales non polluées doivent être évacuées par infiltration, pour autant que les conditions le permettent. En effet, l’infiltration des eaux pluviales à de nombreux avantages, car il contribue à (i) décharger le réseau d’égouts et les stations d’épuration, réseau dont l’installation et l’entretien est très coûteux, (ii) réduire le ruissellement de surface ainsi que le risque d’inondations et de pollutions, (iii) recharger naturellement les nappes phréatiques tout en (iv) contribuant à la préservation des ressources et de la végétation. Plusieurs solutions durables existent pour favoriser l’infiltration des eaux, comme (i) le remplacement de l’asphalte et du béton par des surfaces en pavés filtrants, dalles de gazon ou pavés bruts ajourés, (ii) la mise en place d’une toiture végétalisée, (iii) l’installation de citernes de rétention ainsi que (iv) la création de bassins d’agréments.

Outre la récupération des eaux, les techniques de construction peuvent aussi être adaptées afin de minimiser le gaspillage de l’eau et ainsi réduire la consommation d’eau des bâtiments. Par exemple, on estime qu’un bâtiment construit dans les 1990 consomme jusqu’à 50% moins d’eau qu’un ouvrage similaire développé dans les années 1960, et ce grâce aux divers innovations dans la gestion de l’eau. Plusieurs méthodes permettent de réduire la consommation d’eau des bâtiments. La première consiste à repérer et colmater les fuites, tant sur les canalisations et les appareils sanitaires, qui peuvent représenter jusqu’à 20% de la consommation d’eau d’un bâtiment existant.

Une autre solution consiste à remplacer les appareils vétustes par des alternatives hydro-économes. Par exemple, des sanitaires intelligents permettent de séparer l’eau grise des matières solides afin de permettre le recyclage de l’eau grise non-contaminée. Une troisième option consiste à s’équiper d’appareils intelligente pour mieux suivre et optimiser la consommation de l’eau dans les bâtiments.

DROOPLE ET LA GESTION DE L’EAU INTELLIGENTE

Droople, une start-up basée dans le canton de Vaud,  a mis au point des capteurs intelligents permettant de suivre la consommation et la qualité de l’eau à distance dans les bâtiments.  Ces installations devraient permettre de mieux décortiquer la consommation d’eau au sein des bâtiments et ainsi permettre des économies ciblées.

ANALYSE

Compte tenu de la situation en eau potable jugé critique dans la plupart des pays du globe, cette ressource va se raréfier et ouvrir des opportunités pour les acteurs dans les domaines de la gestion de l’eau, un marché étant voué à grandir à une vitesse très importante ces prochaines décennies. La plupart des technologies abordées dans ce chapitre ont déjà été prouvées et sont aujourd’hui mises en place à grande échelle.

 

Plusieurs de ces technologies, tels que la récupération de l’eau de pluie pour un usage saisonnier, sont déjà rentables pour un usage commun. Néanmoins, les solutions plus poussées, tels que le traitement avancé des eaux grises, nécessitent des investissements conséquents et ne sont rentables que lorsque la consommation en eau est très élevée, comme dans le cadre de l’hôtellerie, dont les établissements peuvent espérer un retour sur investissement à cinq ou dix ans.